Vers une approche globale de tous les métiers de la sécurité

La sécurité est au coeur des enjeux de notre société. L’équilibre de la relation entre la puissance publique et les acteurs privés de la sécurité passe aujourd’hui par la recherche d’un consensus politique fort entre tous les protagonistes. Et une approche globale de tous les métiers de la sécurité qui assurerait l’avenir à la fois des entreprises, des femmes et des hommes qui y travaillent, et un rapport bien compris avec le citoyen.

La réécriture de la loi du 12 juillet 1983

Le secteur de la sécurité privée a vu l’ensemble de ses composantes réorganisé par la création de la Délégation interministérielle à la sécurité privé (DISP) et, plus récemment, la mise en place du CNAPS. En effet, la DISP a des fonctions multiples comme être l’interlocuteur privilégié des représentants des différents métiers de la sécurité privée quand ils ont quelque chose à dire à l’Etat ; coordonner les administrations de l’Etat quand elles doivent s’occuper des activités de sécurité privée et, aujourd’hui, travailler très concrètement sur la réécriture de la loi du 12 juillet 1983 réglementant les activités privées de sécurité pour en faire une loi de confiance plutôt qu’une loi de défiance.

“Il faut trouver des synergies, des voies de partenariat et de coopération entre sécurité publique et sécurité privée, notamment pour déterminer les périmètres, les principes d’exclusivité… et faire de ce secteur un secteur moderne qui prenne vraiment toute sa part et que cette part soit vraiment assumée par tous les acteurs, précise le préfet Jean-Louis Blanchou, délégué interministériel à la sécurité privée. En effet, la sécurité est une étude des réponses au risque. A priori, il faut toujours partir du risque et se demander ce que l’on veut faire et comment on peut le faire avec la plus grande efficacité possible et le moindre coût possible. Si on ne s’interroge pas sur les risques, on commet un contresens et on peut se tromper éventuellement de cibles.”

Aujourd’hui, cette problématique touche beaucoup de fonctions dans l’entreprise : le DSI, le DRH, la direction juridique… doivent avoir une approche sûreté. Pour Myriam Quemener, magistrat-procureur adjoint au tribunal de Créteil : “Dans certaines entreprises, il existe encore un certain cloisonnement entre les différents départements. Or, l’ensemble de ces directions doivent se coordonner pour apporter des réponses les plus adaptées possible. Il faut les décloisonner.” Pour le magistrat, la Justice et les services d’enquête ont toute leur place en partenariat avec les acteurs du secteur privé et il convient de s’orienter vers une coopération de l’ensemble des métiers de la sécurité qui doivent avancer de manière concertée. “Les enjeux sont extrêmement forts car ils sont transversaux, indique Myriam Quemener.

Tout le monde est concerné par le risque. La notion même de ‘risque’, du vol d’informations jusqu’aux cybermenaces, doit guider l’ensemble des acteurs de l’entreprise et leur faire adopter des postures réactives et adaptées en termes de stratégie de prévention, de conseil, de réaction et d’éthique.”

Une conception horizontale des problèmes de sécurité

Une mission pas si simple car il semble exister une confusion entre les risques et les menaces. Jean-Marc Berlioz, directeur de l’éthique de Renault, constate que la demande de sécurité est de plus en plus importante et que, qualitativement, elle est en expansion continue. “Cela signifie qu’il faut avoir une conception horizontale des problèmes de sécurité et faire en sorte que ces problèmes de sécurité soient intégrés au niveau des différentes directions, explique Jean-Marc Berlioz. Chez Renault, je travaille actuellement sur la création d’une charte éthique, c’est-à-dire que nous allons déterminer les directions et les métiers à risque – sécurité, informatique, achats, commerce, gouvernance (délits d’initiés…) – et, pour chacun d’entre eux, nous allons décliner un code de déontologie spécifique.”

Une organisation vers laquelle semble s’orienter l’entreprise Metro Cash & Carry, comme le souligne Emmanuel Lacour, responsable national sécurité et prévention des pertes dans l’entreprise : “Je dépends de la Direction contrôle et gestion des risques et, effectivement, il faut globaliser ces risques qui doivent s’organiser dans l’entreprise. Au sens large, la sécurité est une entité de la Direction contrôle et gestion des risques avec un directeur contrôle et gestion des risques qui est chargé d’établir une cartographie générale et d’être le pilote, c’est-à-dire un véritable chef d’orchestre, de ces risques au sein de l’entreprise.”

Un “chef d’orchestre” de la sécurité

Les risques qui se développent par le biais des nouvelles technologies engendrent la convergence de différents métiers et l’émergence d’une nouvelle fonction de “chef d’orchestre” qui va devoir manager une stratégie liée aux risques.
Pour Eric Chalumeau, président du Syndicat du conseil en sûreté (SCS) et directeur d’Icade Suretis, il faut être clair et définir ce qu’est ce concept un peu “valise” d’approche globale de la sécurité. “Dans l’approche globale, il y a l’idée de la maîtrise des grands risques. On retrouve partout une matrice de six risques récurrents qui regroupe les phénomènes naturels, l’industrie et la technologie, le risque informatique et informationnel, la sécurité incendie, la sûreté et la sécurité au travail, définit Eric Chalumeau. A côté de cette matrice de risques, se trouve le risque opérationnel qui sera très différent si l’on parle d’une banque, d’une compagnie d’assurances ou d’un réseau de transport.

L’enjeu est que le risk manager, qui était plutôt aujourd’hui sur le risque opérationnel, le risque financier, soit aussi sur cette matrice de risques : c’est cela l’approche globale des risques. Trois obstacles peuvent être mis en exergue : l’organisation, le respect des compétences entre sécurité publique et sécurité privée – une frontière qui a tout son sens dans un Etat de droit où seule la force publique est garante de la sûreté – et la question du principe de responsabilité qui évolue parce que le Droit évolue. Par exemple, aujourd’hui, un ouvrage public sur deux quand on construit une université, un stade, un hôpital est construit en partenariat public-privé (PPP), ce qui bouleverse singulièrement la question de savoir quelle est la responsabilité de chacun ? Jusqu’où va la responsabilité de sécurité et de sûreté ?.. Il faut tout faire converger.”

Pour Jean-Louis Blanchou, le directeur de la sécurité doit être quelqu’un qui est dans l’anticipation, dans la stratégie et qui est un manager d’équipe et non pas un technicien des différents domaines de la sécurité. “Dans le cadre de la réécriture de la loi du 12 juillet 1983, nous voulons faire apparaître les directeurs sûreté afin de leur donner un statut, avec des droits et des obligations, avec une obligation de formation, avec une obligation de recherche d’antécédents, avec une capacité d’interpeller les pouvoirs publics et de travailler en collaboration avec eux, ce qui nécessite un engagement de la responsabilité pénale de l’individu en particulier, qu’on les reconnaisse comme étant des participants à cette production de sécurité”, explique le délégué interministériel à la sécurité privée.

Coordination, animation et conseils

Les responsables qui ont une analyse horizontale des problèmes de sécurité et de sûreté auraient légitimement leur place. “Il ne s’agit pas de faire du responsable sûreté quelqu’un d’omnipotent, mais simplement quelqu’un qui a un regard ouvert sur les problèmes et, surtout, qui ne dispose pas d’une équipe pléthorique mais de rattachements fonctionnels, détaille Jean-Marc Berlioz. Car le but est bien de faire en sorte que les différents directeurs des différents métiers s’approprient véritablement les problèmes de sécurité, essaient de trouver des solutions ou évoquent les problèmes à leur niveau. Très concrètement, par exemple, sur une chaîne de production automobile, le directeur d’usine doit prendre en compte les risques potentiels de vol, essayer de les traiter à son niveau ou évoquer véritablement la question s’il n’y arrive pas. Il faut maintenant que les métiers techniques prennent en compte cette dimension ‘sécurité’. On ne réussira véritablement à protéger les entreprises que lorsque l’on aura réussi à diffuser cette culture de sécurité.”

Ce qui signifie que le responsable de la sécurité serait celui qui coordonne, qui anime, qui conseille. Il ne faut pas nécessairement que ce soit un spécialiste, mais un manager, un communicant qui fasse passer l’information.
Pour Richard Olszewski, Conseiller Délégué chargé de la Prévention des risques pour la ville de Roubaix , grand spécialiste des questions de sécurité urbaine et défenseur des droits des victimes : “La difficulté d’un chef d’orchestre n’est pas de faire exprimer la technicité de chaque artiste, mais plutôt de faire grandir leur talent, et ensuite de proposer ensemble quelque chose de cohérent dont tout le monde bénéficie. Il faut donner un cadre résiliant, y compris à des agents de première ligne de façon à faire grandir le système complet.”

Créer des structures de formation

Aujourd’hui, le déficit de formations universitaires pour former les risk managers de demain identifie ce chef d’orchestre, mais il convient de définir ce nouveau métier… Pour Jean-Marc Berlioz, il va falloir créer une structure d’apprentissage. “Il ne suffit pas de créer cette fonction, il faut qu’elle soit surtout bien positionnée dans l’entreprise, interpelle le directeur de l’éthique de Renault. Actuellement, la sécurité n’est pas positionnée dans l’entreprise au niveau qui devrait être le sien. Dans les années à venir, la fonction du directeur sécurité va devoir remonter dans l’organigramme, au même titre que toutes les grandes directions financières, juridiques…”

Dans l’avenir, il n’y aura de politique de sécurité efficace que si elle est impulsée de la tête de l’entreprise. La responsabilité du nouveau métier de directeur sécurité sera d’être un donneur d’ordres qui définit sa doctrine, la stratégie et le champs de responsabilités de l’entreprise. Si cette fonction ne concerne que les grands groupes, en revanche, les sociétés de sécurité privée auront une place importante à prendre sur le marché en proposant notamment des prestations de conseils en temps partagé pour des PME-PMI qui n’ont pas forcément besoin d’un responsable sécurité de haut niveau.

Source : Sécurité privée

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